La BnF consacre une exposition rétrospective au grand photographe anglais Michael Kenna. Deux cent dix photographies en noir et blanc témoignent de son oeuvre et montrent la puissance de son style reconnaissable entre tous, la liberté de sa vision et le raffinement de ses somptueux tirages argentiques.
« Du paysage romantique de ses débuts aux épures graphiques de ses récentes séries, Michael Kenna nous invite à un voyage photographique qui trouve son origine tant dans la grande tradition picturale que dans l’évolution du médium lui-même ».
Bruno Racine, président de la BnF.
Grand voyageur, Michael Kenna est né en 1953 à Widnes, petite ville industrielle du Lancashire.
A l’écart des phénomènes de mode et du dogmatisme esthétique, il bâtit, depuis plus de trente ans, un corpus consacré à la représentation du paysage, un paysage enclos dans la délicatesse du petit format, un paysage désert.
La présence humaine s’y inscrit cependant « en creux », d’une manière fascinante, fantomatique, par les traces que la vie et l’activité des hommes impriment sur le monde.
Longues poses, prises de vues nocturnes ou réalisées à la lumière de l’aube ou du crépuscule, exaltent les contrastes de texture et de matière. La rhétorique du clair et du sombre, savante et raffinée, qui gouverne son oeuvre, nous révèle un visage du monde étrange et personnel.
Le « pays noir » issu du 19e siècle industriel, aux cieux charbonneux, aux villes sombres parcourues de voies ferrées, surplombées de hauts fourneaux, les structures massives des centrales électriques, voisinent avec les brumes mystérieuses de la campagne anglaise. Sous son objectif, les lignes géométriques des jardins formels du 18e siècle français ou russe nous rappellent que le paysage ne se confond pas avec la nature, mais qu’il est avant tout le fruit d’une construction culturelle que la photographie bouscule avec humour.
Les rivages et les îles inspirent à ce contemplatif solitaire des marines où le pittoresque s’efface devant la puissance des éléments naturels. Sous le regard de Kenna, l’Ile de Pâques ou le Mont-Saint-Michel retrouvent l’enchantement et la charge de magie de leur passé glorieux de lieux sacrés. Le contraste avec les grandes mégapoles proliférantes n’en est que plus puissant.
Ses oeuvres les plus récentes, fruit de ses voyages au Japon, en Corée, en Chine, tendent à la stylisation et à l’épure. Le graphique s’y substitue subtilement au figuratif.
La description, chez Kenna, laisse toujours une large place à la suggestion, à la rêverie du « regardeur ». « En photographie, je suis plus proche du haïku que de Joyce », dit-il.
Kenna n’impose aucun message, sa vision est avant tout personnelle et s’enracine dans la liberté du voyageur solitaire.
Exposition dans le cadre de Photoquai et de Paris Photo
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